Le Groupe Hersant Media (GHM)
ex France Antilles : évolution depuis 2004
Repris sur ACRIMED - 01/02/08 article de Denis Perais
En 1985, pour contourner la loi sur les concentrations, le groupe constitué par Robert Hersant (1920-1996) – dit « le papivore » - avait été scindé en deux entités juridiques distinctes : la Socpresse et France-Antilles. C’était « un empire à deux têtes », comme nous l’écrivions ici même en 2002 [1] En 2004, Dassault s’empare de la Socpresse. Conséquence ? « Ce qu’il reste de l’empire Hersant : France Antilles ».
Depuis 2004, France Antilles, possédé à 100 % par la famille Hersant [2], n’a cessé de croître, sous le nom de « Groupe Hersant Media » (GHM), adopté en 2006…
Dans leur livre, Citizen Hersant, De Pétain à Mitterand, histoire d’un empereur de la presse [3], Patrick et Philippe Chastenet rappelaient les déclarations du défunt “ « papivore » ” Robert Hersant, père de Philippe Hersant qui dirige le Groupe Hersant Média : « Bien sûr, depuis le début, je ne fais pas un journal, je fais des journaux, et je continuerai à faire des journaux. C’est la même chose pour moi que n’importe quel chef d’entreprise : la finalité d’une entreprise au plan industriel, c’est son développement, et la stagnation c’est le commencement de la fin » [4]. Philippe Hersant et GHM ont repris le flambeau…
… dans un contexte marqué par des rachats et concentrations dans la presse régionale. Le 28 janvier, à l’occasion du lancement de la nouvelle formule du Télégramme, Edouard Coudurier, président du groupe Le Télégramme, et Hubert Coudurier, administrateur et directeur de l’information du Télégramme, déclarent : « Le déclin de la presse quotidienne régionale (PQR) doit être relativisé » (Le Monde, 30 janvier 2008). Malgré une baisse régulière de sa diffusion, la presse quotidienne régionale, avec 18 millions de lecteurs quotidiens [5] possède encore une surface telle que de nombreux groupes de presse considèrent qu’elle a un avenir, à condition de se diversifier dans de multiples supports.
En quelques mois on a vu se succéder :
Le rachat à la Socpresse de
Dassault de son pôle Rhône-Alpes (comprenant Le Dauphiné Libéré, Le
Progrès, le Journal de Saône-et-Loire et Le Bien Public),
après l’autorisation donnée par le ministre de l’Economie et des Finances le 17
mai 2006, par la société Est Bourgogne Rhône Alpes (EBRA), nouvellement
constituée par la SA « Le Journal L’Est Républicain » et la SA Banque
fédérative du Crédit mutuel (BFCM) [6].
le rachat en août 2007 à Hersant
Média par le groupe SIPA/ Ouest France de ses 14 hebdomadaires régionaux [7], profitant aussi de l’occasion pour prendre
dans son escarcelle Le journal Vitré (Ille-et-Vilaine) et La Marne (à
Meaux en Seine-et-Marne), permettant à SIPA-Ouest France de renforcer la
cohérence territoriale entre l’implantation de ses 56 hebdomadaires avec celle
de son quotidien Ouest France en Région Bretagne, Normandie et Pays de
Loire [8]. Frédéric Aurand, le patron du groupe Hersant
en a expliqué la raison : « Quinze hebdos, ce n’était pas
suffisant pour réaliser des synergies et attirer les annonceurs. » [9].
Des synergies que réalisera sans problème Publihebdos (SIPA/Ouest-France), qui
représente aujourd’hui un portefeuille de 56 titres pour un chiffre d’affaires
de 80 M€, un tirage de 516.000 exemplaires représentant 29% de la presse hebdomadaire
régionale en France.
la finalisation le 31 décembre
2007 du rachat [10] pour 90 M€ par le Groupe Sud Ouest (GSO) au
groupe Le Monde des Journaux du Midi, comprenant Centre Presse, L’Indépendant
et Le Midi Libre, avec constitution d’un groupement d’intérêt économique
avec le groupe La Dépêche du Midi dénommé « Média Sud Europe » [11] Cette association sur un axe Bordeaux -
Toulouse - Montpellier donnera naissance au troisième grand groupe de presse
régionale (avec une diffusion quotidienne de 850 000 exemplaires) après Ebra,
SIPA/Ouest France et devant GHM.
le rapprochement à travers la
création d’une structure juridique commune (Grand Centre) via des
échanges de participations, des groupes La Montagne, la Nouvelle République du
Centre-Ouest (NRCO) et La République du Centre comptabilisant 600 000
exemplaires diffusés dans 17 départements [12].
GMH ne pouvait pas rester à l’écart de ces rachats en cascade et de ces concentrations accélérées [13]
Le 20 décembre 2007, le groupe rachète à Lagardère son pôle de presse quotidienne régionale dans le sud de la France pour 160M€, comprenant La Provence, Corse Matin, Nice Matin, Var Matin et Marseille Plus. Le Canard Enchaîné du 30 janvier 2008 révèle sous le titre « Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant », que GHM vient de créer une filiale, la société GHM Sud, spécialement charger de chapeauter les journaux rachetés à Lagardère.
GHM, début 2008
Aujourd’hui, le groupe Groupe Hersant Média possède 10 imprimeries, emploie 8 600 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 900 M€ [14]. Il a été créé en 1985, d’une opération de division, en deux entités juridiques distinctes du groupe Hersant (la Socpresse et France-Antilles), menée afin de contourner la loi sur la concentration de la presse (loi Fillioud-Mauroy) [15]. Il s’agit d’un véritable groupe pluri–médias qui intervient :
Dans la presse écrite régionale :
Le Groupe Hersant Média est présent :
- En Normandie, où ol possède Paris - Normandie, Le
Havre - Presse, Le Havre - Libre, Le Progrès de Fécamp, Liberté Dimanche. A
quoi il faut ajouter l’édition de la région parisienne Paris Mantes Poissy et
les éditions PTC ;
- en Champagne-Ardennes, où il contrôle L’Union - L’Ardennais, L’Est Eclair,
Libération Champagne, L’Union Amiens ainsi que l’Aisne Nouvelle ;
- Outre-mer, avec France Antilles Guadeloupe, France Antilles Martinique, La
Dépêche et les Nouvelles de Tahiti, Le Journal de l’Ile (de la Réunion), France
Guyanne et Les Nouvelles Calédoniennes) ;
- et enfin dans le Sud de la France, depuis son rachat au Groupe Lagardère de
son pôle Sud composé de La Provence, Marseille Plus, Corse
Matin, Nice Matin et Var Matin.
Le Groupe Hersant Média détenait également jusqu’en février 2006, 27 % du Groupe L’Est Républicain et 48 % des Dernières Nouvelles d’Alsace. Ces participations ont sérieusement diminué après le rachat par ce groupe, en association avec le Crédit Mutuel (qui en a entièrement supporté la charge financière) à la Socpresse de Dassault de son pôle Rhône-Alpes. Le Groupe Hersant Média était d’ailleurs hostile à ce rachat au point d’avoir introduit le 5 juillet 2006 devant le Conseil d’Etat un recours demandant la suspension de l’autorisation ministérielle donnée le 17 mai 2006 [16]. Cette requête en justice s’explique par le fait que l’association du Groupe Est Républicain avec le Crédit Mutuel vise en fait à rompre une alliance ancienne avec le groupe Hersant. Frédéric Aurand précise en effet dans L’Humanité du 14 septembre 2007 que « les familles Hersant et Lignac (propriétaires de l’Est Républicain - NDLR) avaient des accords et ces derniers ont été mis à mal par le Crédit mutuel. Des procédures devant les tribunaux pour faire valoir nos droits sont donc en cours. Mais ça va prendre des années. »
En Suisse, GHM détient une participation majoritaire dans la Société Filanosa SA (La Côte, Nautisme romand), ainsi que la Société Neufchâtéloise de Presse (L’Express, L’Impartial ).
Dans la presse
« gratuite »
GHM possède, via sa filiale Comareg [17] le plus gros tirage de la presse française avec son journal de petites annonces Paru-Vendu (19,2 millions d’exemplaires) [18], décliné en 280 éditions dans 260 villes, complété par son site électronique destiné à l’emploi, www.carriereonline.com. S’y ajoute le Journal des plages [19], distribué les dimanche de juillet et août sur les lieux de villégiature balnéaire. Et cette initiative ne doit rien à la philanthropie de GHM mais à des considérations sonnantes et trébuchantes.
Comme l’explique Le Figaro du 10 juillet 2007, « le numéro un de la presse gratuite des petites annonces chasse les 50 millions de vacanciers qui fréquentent le littoral français. Traquer les lecteurs jusque sur les plages. C’est ce que ParuVendu, numéro un de la presse gratuite des petites annonces en France, entreprend jusqu’à la fin août. “ Les vacanciers pourront découvrir, à travers les 17 éditions hebdomadaires gratuites du journal, des informations directement liées à leur lieu de villégiature ”, explique Michel Moulin, directeur général de ParuVendu [...] Car derrière les informations utiles apportées aux estivants (sorties, lieux d’animation, conseils sur le soleil...), ce qui intéresse le groupe ParuVendu, c’est la vente d’espaces aux annonceurs locaux ou nationaux, en quête des 50 millions de personnes qui fréquentent le littoral français durant l’été. De quoi conforter un peu l’assise du titre. » Renforcer la surface financière du groupe est un impératif si GHM veut pouvoir encore grossir (voir ci - dessous le paragraphe « Quelle stratégie pour GHM »).
Dans l’audiovisuel local
GHM détient depuis novembre 2007 100 % d’Antennes Locales, filiale audiovisuelle du groupe, ce qui lui permet d’être un opérateur important dans la télévision locale. Il en possède, en partie ou en totalité, sept à ce jour : ParisCap (qui deviendra Cap24 à l’occasion du démarrage de sa diffusion en télévision numérique terrestre sur l’ensemble de l’Ile-de-France), TéléAlsace, TéléGrenoble, OrléansTV, Canal 32 (Troyes), TéléMiroir (Nîmes) et CityzenTV (Caen).Cinq d’entre elles sont d’ores et déjà diffusées en numérique terrestre [20]. Notons que pour sa candidature retenue par le CSA sur le numérique terrestre, GHM s’était associé à la Caisse d’Epargne, au groupe Coriolis, à la Société financière de participations audiovisuelles et à... Lagardère active, avec qui GHM ne cesse d’être en affaires.
A ce petit « magot » hexagonal, il faut y ajouter, via Editions Suisses Holding SA (ESH), le groupe de presse de Philippe Hersant, la possession de deux télévisions locales en Suisse, Léman Bleu (à côté de Genève) et TVM3 (musicale).
GHM est aussi présent dans les radios locales puisqu’il est opérateur de huit d’entre elles : Trace FM en Guadeloupe et en Martinique, Nostalgie en Guadeloupe, Guyanne et Réunion, NRJ en Nouvelle - Calédonie et Polynésie Française et Champagne FM en Champagne - Ardennes [21].
Fort de ses multiples possessions, GHM a décidé de se donner les moyens d’ « optimiser » sa stratégie publicitaire en créant, avec France Télévisions Publicité [22] et NRJ Group, une régie commune baptisée UNI TV. Cette régie doit permettre à leurs réseaux locaux de bénéficier d’une offre de publicité extra-locale avec pour objectif de la porter à 15 à 20 % du chiffre d’affaire publicitaire d’ici trois ans [23]. Cette stratégie s’inscrit dans la logique de celle mise en place par TF1 Publicité [24]. L’objectif est limpide et a été clairement défini par le futur président de cette structure : « Cette régie ne se substituera pas aux actions locales des télévisions, elle apportera son savoir faire pour attirer les annonceurs nationaux grâce à son excellente couverture nationale de proximité » [25]
Dans un contexte politique où la concentration est encouragée par le pouvoir en place, GHM se donne les moyens de renforcer ses positions. Le groupe, à partir de son implantation multi-supports, peut assurer des « synergies » à la fois éditoriales et publicitaires et maximiser ainsi ses profits et son influence. Comme nous le relevions dans un autre article, « Économie d’échelle, rationalisation de la collecte, rationalisation de la diffusion, rationalisation du personnel : cette conception de l’industrialisation de l’information renforcera un peu plus la mono couleur – […] du discours journalistique » [26]. Sans parler d’une nouvelle atteinte au pluralisme. Une atteinte qui rend furieux Frédéric Aurand, le patron du groupe Hersant, qui la dénonce, mais chez l’un de ses concurrents : « Qu’il y ait des inquiétudes, c’est normal, dit-il. Mais les salariés ont compris qu’on était là pour développer la presse locale et le pluralisme , contrairement à l’opération menée par l’Est républicain et le Crédit mutuel, une banque qui rachète des journaux couvrant exactement son territoire commercial. » (L’Humanité, 14.septembre 2007). On en pleurerait.
Quelle stratégie pour GHM ?
« Tous les groupes de presse situés à la frontière de nos titres pourraient nous intéresser (La Voix du Nord, Le Dauphiné libéré) s’ils venaient à bouger dans les années à venir » [27] indiquait encore Frédéric Aurand, dans Le Monde du 14 novembre 2007 Autant dire que nous n’en avons pas terminé avec l’expansion du groupe. Mais vers quel horizon ? Dans un premier temps, vraisemblablement, en direction de La Voix du Nord, anciennement détenue par le « Papivore »], actuellement propriété du groupe belge Rossel, mais dont le président du Conseil de surveillance et actionnaire à 20 % au travers de son holding luxembourgeois AJR Participations n’est autre qu’ Aude Ruettard, petite fille de Robert Hersant et seconde actionnaire de GHM ? L’avenir nous le dira.
Mais plus globalement, comme l’indiquait notre [article du 8
janvier 2008consacré
aux télévisions locales] le groupe a le choix entre deux « deux
stratégies financièrement peu compatibles :
- soit le groupe poursuit sa consolidation sur le Sud Est en ajoutant à sa
panoplie papier (La Provence, Marseille Plus, Nice-Matin, Var-Matin, Corse
Matin), LCM (La Chaîne de Marseille), fleuron qui a échappé à GHM au moment de
son attribution par le CSA ;
- soit, GHM construit un réseau de villes à partir des 7 télévisions qu’ils
possèdent déjà maintenant avec le contrôle à 100% d’Antennes locales. Malgré
l’apport de Paru-vendu, vache à lait du groupe (tiré à 15 millions
d’exemplaires sur 260 villes), le groupe d’Hersant fils, devra, sans doute,
effectuer des choix et des reconfigurations mettant en jeu d’autres titres de
son portefeuille (L’Union de Reims, Le Havre Libre, Le Havre Presse notamment).
La tendance d’une PQR féodale contrôlant son territoire (de Grenoble à
Marseille, à Nice et en Corse) est une vieille recette qui convient encore aux
tycoons de province. »
Quant à la fin annoncée de la publicité sur France Télévisions et ses éventuelles conséquences, notamment sur l’ouverture, démentie à ce jour par l’Elysée, à la presse quotidienne régionale des tranches méridiennes et 18 h 30/ 20 h 30 avec la publicité afférente de l’antenne de France 3, il est encore trop tôt, en l’absence de cadrage plus précis, pour en connaître les répercussions pour GHM et plus généralement l’ensemble des groupes potentiellement concernés. On peut simplement signaler qu’elle retient toute l’attention de la profession comme l’a rappelé avec pudeur Vincent de Bernardi ; directeur général du Syndicat de la PQR (SPQR) [28] : « C’est une vieille idée et nous observerons avec attention ce que le gouvernement nous dira. Les éditeurs se réunissent tous les mois, il est probable que ce projet sera à l’ordre du jour de nos prochaines rencontres. » [29]
Comme tous les autres groupes, GHM est lui aussi à l’affût de ce que le gouvernement dira sur ce sujet et plus généralement sur tout ce qui peut faciliter la course aux profits. Et nul doute que le gouvernement écoutera avec attention ce que demanderont des groupes en quête de nouvelles concentrations financiarisées.
Annexes
- Le cœur toujours à droite
Robert Hersant en
1978 :
« Un soir, les journalistes du service politique [du Figaro] sont conviés à une réception dans le saint des saints, au numéro 12 de la rue Presbourg, afin de rencontrer les candidats UDF et RPR de l’Ile-de-France. » […] Robert Hersant prend alors la parole : « Mes amis, commence Robert Hersant à l’adresse des seuls candidats... Mes amis, je vous ai réunis ce soir pour vous dire qu’on va vous aider. Pendant la campagne, demandez-leur ce que vous voulez, ils le feront. Vous pouvez les appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. » [30].
Philippe Hersant, trente
ans après
« Dès l’automne après le rachat de Nice-Matin, il prend parti dans la campagne municipale qui oppose le sénateur-maire UMP Jacques Peyrat au ministre de l’outre-mer Christian Estrosi. Selon Le Canard enchaîné, “ Philippe Hersant a déjà choisi le second ”. Selon Le Canard Enchaîné, le 23 novembre dernier, un sondage de la Sofres est publié dans le quotidien Nice-Matin, qui titre en une : « Municipales à Nice : un seul tour pourrait suffire ». Le groupe Hersant, qui l’a fait réaliser l’a imposé. » [31]
Selon Le Canard Enchaîné du 30 janvier 2008 [32] « le groupe Hersant vient d’embaucher un lieutenant de [Jean – Claude] Gaudin[ …] Bruno Genzana, chef de file de l’UMP au conseil général des Bouches-du-Rhônes. Autrement dit, l’opposant direct de Guérini, patron [PS] du département. Depuis deux mois, ledit Genzana émarge à mi-temps à “ ParuVendu ”, filiale des journaux gratuits du groupe Hersant, pout développer des partenariats avec les collectivités de la Région. A commencer par la mairie de Marseille. »
Quant à la filiale, la société GHM Sud, spécialement dévolue à la gestion des journaux rachetées à Lagardère, le palmipède rajoute que l’heureux élu sera « Guy Philip [qui] a été pendant treize ans (1992-2005), le patron de la communication de…Jean–Claude Gaudin au conseil régional puis à la mairie ». L’hebdomadaire précise enfin : « au côté de son ami Estrosi, Gaudin avait beaucoup milité pour que Lagardère […] ne vende pas ses journaux du Sud (Nice Matin, La Provence,, Corse Matin), à l’estranger Mecom [33], mais plutôt à Philippe Hersant. »
On imagine assez facilement la nature de la couverture par les journaux Hersant de la campagne pour les élections municipales et cantonales. Pour obtenir quelles contreparties ?
[1] « Le Groupe Hersant : un empire à deux têtes (2002) ». Sur son étendue d’alors, lire aussi « Le groupe Hersant : l’étendue de l’empire en 2002 ».
[2] Dont 22 % pour le seul Philippe, premier actionnaire du groupe qui a pour particularité de ne pas s’exprimer dans les médias sur le opérations de presse
[3] Paru aux éditions du Seuil en 1998, p. 398
[4] Cité dans “Le Groupe Hersant : un empire à deux têtes (2002) ”.
[5] Selon l’étude EPIQ « Données générales sur l’audience de la Presse Quotidienne (Cumul de juillet 2006 à juin 2007) ». L’étude en fichier .pdf est ici.
[6] Qui détiennent respectivement 51 et 49 % du capital.
[7] Pôle Normands et Atlantique comprenant Le Pays d’Auge, La Renaissance du Bessin, Le Publicateur Libre, Les Nouvelles de Falaise, Le Courrier de l’Eure, La Dépêche d’Evreux, le Journal d’ Elbeuf) ; Marne Hebdo dans l’Ouest (L’Echo de la Presqu’ île, Le Courrier de Paimboeuf, Le Courrier vendéen, l’Eclaireur de Châteaubriant)
[8] Les hebdomadaires sont présents en Haute - Normandie et en région parisienne, ce qui n’est pas le cas de Ouest France.
[9] L’Humanité, 14 septembre 2007
[10] Pour lequel GHM s’était lui aussi un temps porté acquéreur
[11] Le groupe Toulousain étant pressenti pour prendre ultérieurement 50 % des actions de GSO.
[12] Cité par Le Monde du 14 novembre 2007.
[13] Au vu de ces concentrations, on peut légitimement s’interroger sur l’avenir du Courrier Picard (au « petit » chiffre d’affaires de 40, 5 M€), encore détenu à 55 % par ses salariés, pris en tenaille par les groupes Amaury, GHM et La Voix du Nord. Et même de celui du groupe Le Télégramme de la famille Coudurier qui affiche pourtant une relative bonne santé. Pourra-t- il longtemps résister à l’hégémonie de l’ogre SIPA/Ouest France.
[14] 977 M€ selon la présentation figurant sur le site de ParuVendu, le « gratuit » du groupe. Le résultat d’exploitation se situait à 41 M€ en 2006, avant donc l’acquisition de la presse quotidienne Lagardère du Sud.
[15] Lire « Le Groupe Hersant : un empire à deux têtes (2002) ».
[16] Requête rejetée le 25 juillet 2006.
[17] Rachetée en 2003 et détenu auparavant par Havas, puis Vivendi Universal Publishing
[18] Financé à 82 % par des recettes publicitaires et à 18 % des petites annonces et véritable « vache à lait » du groupe avec un chiffre d’affaires de 377 M€ (2006)
[19] GHM en détient 50,5 %.
[20] Voir : « Municipales et cantonales de 2008 : les télévisions locales en ordre de marche ».
[21] Voir le site de ParuVendu.
[22] Vu les annonces du gouvernement sur la suppression de la publicité sur France Télévisions, cette association pourrait subir quelques changements.
[23] D’après Cbnews, « Publicité locale : NRJ, France Télévisions et Hersant Media lancent Uni TV ».
[24] Lire à ce sujet le paragraphe intitulé « La syndication publicitaire avec TF1 Publicité » dans l’article sur les télévision locales, déjà cité.
[25] D’après l’article de cbnews, déjà cité.
[26] Article sur les télévisions locales, déjà cité.
[27] Le Monde du 14 novembre 2007
[28] Le Monde du 30 janvier 2008 rappelle que « Vincent de Bernardi, âgé de 39 ans, qui était directeur du service d’information du gouvernement (SIG), a été nommé en septembre 2007 directeur général du Syndicat de la PQR (SPQR) ». Nomination qui n’a, on s’en doute, que peu de chose à voir avec le hasard et nouvelle démonstration d’interdépendance entre les pouvoirs administratifs , politiques et économiques
[29] Le Monde, 29.janvier 2008
[30] Cité dans « Quand Robert Hersant mobilisait “ ses ” journalistes au service de la droite ». Les propos de Robert Hersant sont extraits de l’ouvrage d’Élizabeth Coquart et Philippe Huet, Le Monde selon Hersant, Ramsay, mars 1997. Cité par Daniel Junqua, La presse, le citoyen et l’argent, 1999, Edition remise à jour en 2001, Folio/Actuel, Gallimard, 2002, p. 299-300.
[31] Article déjà cité « Les télévisions locales en ordre de marche ».
[32] Article déjà cité : « Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant ».
[33] Groupe britannique qui avait fait une offre supérieure à celle de GHM
PQR – Les groupes de presse
et les journaux encore indépendants
Repris dans la note SECTEUR PRESSE PROVINCE 2007 – de SECAFI ALPHA
Héritages, mariages, filiations, 2007, l'accélération de toutes les alliances
Depuis que Serge Dassault a décidé en 2005 de démanteler le groupe Socpresse pour le recentrer sur la seule marque Figaro et ses activités associées, les mouvements de concentration et d'alliances se sont multipliés dans la presse de province.
La direction du groupe Le Monde a été mise en minorité sur sa stratégie de croissance externe vers la PQR.
L'opération de reprise des titres du sud de Hachette (La Provence, Nice Matin, Var Matin, Corse Presse) a donc été stoppée offrant ainsi l'occasion à Groupe Hersant Média d'étendre ses activités dans le sud-est de la France. Midi Libre et ses filiales (L'Indépendant et Centre-Presse Rodez) sont maintenant dans le giron de Sud Ouest associé à La Dépêche du Midi.
Les deux titres du Sud-Ouest avaient conclu quelques semaines auparavant (juin 2007) une alliance stratégique par la création du GIE «Média Sud Europe» destiné à étudier toutes les synergies possibles entre les deux groupes, notamment en matière de développement vers toutes sortes de média : presse quotidienne et hebdomadaire, presse magazine, presse gratuite, web, mobile, télévision ...
L'objectif est d'atteindre à deux (et maintenant à trois) une taille critique à l'échelle européenne.
En septembre, les journaux du Centre ont imité leurs confrères du sud ouest en créant une structure juridique associant Centre France (La Montagne), La Nouvelle République du Centre-Ouest et La République du Centre avouant les mêmes objectifs que ceux annoncés par le GIE Média Sud Europe mais en y ajoutant cependant la possibilité d'une mise en commun de moyens industriels par l'étude de centre(s) d'impression partagé(s). La création de cette SAS « Grand Centre » complète une prise de participation de Centre France dans La République du Centre dont les actionnaires sont maintenant la Sparc (dirigeants de La République du Centre) : 36%, Centre France : 35 % ,la NRCO : 29 %.
Le
nouveau paysage de la presse de province
Ces alliances modifient sensiblement le paysage de la presse de province qui se structure maintenant autour de 7 ensembles

Crédit Mutuel-EBRA
Le Républicain Lorrain – L'Alsace – L'Est Républicain – La Liberté de l'Est – Les DNA – Le Journal de la Haute Marne – Le Bien Public – Le Journal de Saône et Loire – Le Progrès – Le Dauphiné Libéré.
L'association des titres contrôlés par l'Est Républicain seul, de ceux contrôlés par le Crédit Mutuel seul (L'Alsace et Le Républicain Lorrain) constitue un ensemble qui diffuse environ 1.250 000 exemplaires quotidiennement sur tout le pan est de la France.
Dans cette configuration, cet ensemble n'a pas d'existence juridique mais compte tenu :
Du poids de la dette souscrite par l'Est Républicain auprès de son
partenaire le Crédit Mutuel,
Des maigres
performances des titres contrôlés, par L'Est Républicain seul ou avec le Crédit
Mutuel,
De
l'implication dans la gestion de toutes les entreprises de presse du Crédit
Mutuel (pourtant minoritaire !)
Plus personne n'ose envisager un scénario où le Crédit Mutuel ne serait pas le futur majoritaire de ce vaste ensemble, quitte à en redessiner certaines frontières.
Le groupe souffre aujourd'hui d'un portefeuille d'activité insuffisamment diversifié. Il tire encore la quasi-totalité de ses ressources de la presse écrite, c'est à la fois la cause et la conséquence deses performances financières insuffisantes.
La clarification actionnariale devrait permettre de mobiliser rapidement les ressources permettant au futur 1er groupe de presse français de s'inscrire dans une stratégie de multi média. De plus, compte tenu de l'ampleur des départs à attendre dans ce large périmetre (PMS, clauses de cession), la transition vers un nouveau modèle économique et social pourrait se mener dans un délai rapide.
Ouest France
La Presse de la Manche – Ouest France – Le Maine Libre – Presse Océan – Le Courrier de l'Ouest
Le groupe Ouest France digère l'intégration de l'ex pôle ouest de Socpresse. Sur son front Est, le retrait du Maine-et-Loire de la NRCO a fait disparaître quasiment toute concurrence hormis dans les Deux-Sèvres.
Ouest France a su mener une politique de diversification lui permettant de ne pas dépendre entièrement de la presse quotidienne. Il s'appuie également sur :
la presse hebdomadaire, encore renforcée par la reprise des
hebdomadaires normands de Groupe
Hersant Médias,
la presse
gratuite d'annonces, avec Spir, n°2 du secteur.
Ouest France s'inscrit avec prudence dans les évolutions structurelles du secteur. L'alliance avec 20 Minutes France lui permet d'être acteur de ce secteur émergeant tout en préservant sa zone d'une intrusion massive des gratuits.
L'alliance avec Le Télégramme dans la télévision locale nantaise lui permet d'en partager les coûts avec son concurrent historique
Média Sud Europe
Sud Ouest – La Charente Libre – La République des Pyrénées – La Dépêche du Midi- La Nouvelle République des Pyrénées – Centre France – L'Indépendant – Midi Libre.
L'alliance des 3 groupes du sud-ouest a, pour ses auteurs, sans soute pour premier avantage d'apaiser la concurrence dans quelques départements autrefois âprement disputés (Aveyron, Lot et Garonne)
Les groupes constituant Média Sud Europe se sont déjà engagés dans les diversifications à gratuits de Bordeaux et Montpellier et les télévisions locales de Bordeaux et Toulouse.
Le marché publicitaire local est également largement couvert par les gratuits d'annonces de S3G.
L'ambition internationale du groupe se matérialise aujourd'hui par les 4,5 % que Sud-Ouest détient dans Vocento.
Groupe Hersant Média
Havre Libre – Havre Presse – Paris Normandie – L'Aisne Nouvelle – L'ardenais – L'Union – L'Est Eclair – La Provence – Var Matin – Nice Matin – Corse Matin.
L'acquisition de l'ensemble Sud-Est de Hachette renforce la discontinuité géographique du groupe.
La presse gratuite d'annonces (Comareg) reste le cœur de l'activité du groupe (volume et rentabilité). GHM mène également, avec sa filiale Antennes Locales, une politique active de développement dans les télévisions locales, y compris en dehors de ses zone d'édition (Paris, Grenoble, ...)
GHM est sans doute l'acteur de la presse régionale le plus diversifié, il se trouve maintenant face à des champs de développement importants. Toutefois, des contraintes financières actionnariat familial et fort endettement) pourraient limiter ses ambitions de développement.
C'est peut-être cette contrainte qui justifie la cession récente des hebdomadaires normands qui renforce le concurrent Ouest France. Cette opération laisse peut-être présager une reconfiguration de la géographie du groupe.
Grand Centre
La Montagne – Le Populaire du Centre – Le Journal du Centre – Le Berry Républicain – Centre Presse – La NRCO – La République du Centre.
Hormis une télévision locale sur chaque capitale d'édition (Clermont-Ferrand, Orléans et Tours) et quelques hebdomadaires isolés, l'ensemble Grand Centre est peu diversifié.
Il agrège autour de Centre-France des ensembles financièrement plus fragiles. Cela pourrait conduire au fur et à mesure de l'engagement de projets communs, à la primauté du groupe de Clermont-Ferrand sur l'ensemble de la zone.
Amaury
Le Parisien – L'Echo Républicain
Editeur du Parisien, journal régional de l'lle-de-France, Amaury ne dispose plus que de l'Écho du Centre depuis son retrait de La République du Centre il y a 3 ans.
Il se contente aujourd'hui d'accompagner les migrations de la population vers une grande couronne parisienne étendue : Oise, Nord du Loiret et de l'Yonne.
Rossel / La Voix du Nord
La Voix du Nord – Nord Eclair – Nord Littoral
La petite fille de Robert Hersant est entrée au capital de La Voix du Nord en y réinvestissant le produit de la cession des titres qu'elle détenait encore dans Socpresse. Elle est également actionnaire de GHM comme la plupart des héritiers du « papivore ».
Adossé au groupe belge Rossel actif sur tout le front des médias en Wallonie (presse nationale, régionale, gratuits, magazine, web et audiovisuel), la logique transfrontalière de cet ensemble tarde à se concrétiser.
Les isolés
Seuls 4 titres sont restés en dehors de ces mouvements de concentration ou de rapprochement :
Le Télégramme de Brest
Le Télégramme est financièrement solide mais son isolement contraint ses perspectives stratégiques. Il a renoncé à reprendre les quotidiens normands de GHM ce qui traduit l'énorme difficulté à dépasser le cadre géographique dans lequel Ouest France l'enferme.
Les nouvelles technologies sont pour lui une opportunité majeure pour accroître sa légitimité auprès de la diaspora bretonne.
Le Courrier Picard
Coopérative adossée à La Voix du Nord, le Courrier Picard mène une offensive concurrentielle à Saint Quentin profitant de l'irrégularité de la présence de l'Aisne Nouvelle (tri hebdo).
Cette offensive est sans doute coûteuse, si elle ne permettait pas de renforcer le Courrier Picard celui-ci serait contraint de se rapprocher encore de La Voix du Nord.
L'Yonne Républicaine
L'entreprise d'Auxerre fait face un étranglement financier qui pourrait mettre à mal son modèle coopératif
Au centre de 3 zones d'influence : la Bourgogne de EBRA, la Champagne de GHM et le Centre de Grand Centre, L'Yonne Républicaine est un titre attractif car monopolistique sur l'Yonne.
Doté d'un centre d'impression bientôt rénové et chargé essentiellement par Comareg, GHM pourrait être considéré comme un allié naturel.
L'Éveil de la Haute-Loire
Confronté à une concurrence féroce, le journal (du soir) de Pierre Fabre fait curieusement état d'excellentes performances économiques et de diffusion et ce de manière constante.
Affaiblissement
de la concurrence
Les rapprochements ci-dessous auront pour effet immédiat de dénaturer la concurrence sur ces grands ensembles.
Cela se traduira sans doute dans un premier temps par :
un
assouplissement des politiques tarifaires sur les zones de concurrence
consistant à aligner les prix de vente sur ceux pratiqués dans les zones de
monopole,
la mise en
commun de moyens logistiques,
des offres
publicitaires communes.
L'offre éditoriale ne devrait pas être modifiée, au moins tant que les effectifs des équipes rédactionnelles permettront de maintenir une différenciation.
Au final, la concurrence entre titres n'appartenant pas aux mêmes ensembles n'existe plus que dans 8 départements en France.
De la période récente, trois grandes interrogations surgissent :
Dans la vague
de rachats des dernières années, aucun groupe étranger n'a pu prendre
pied dans la presse de province en France malgré des offres financièrement supérieures
(Mecom, Vocento ...). Quels sont les mécanismes qui ont conduit à ce que ce
secteur reste hermétique à l'Europe ?
L'échec des tentatives
d'intégration de la PQN et la PQR dans un même groupe (Socpresse / Le Figaro –
Le Monde / Les journaux du Midi) est encore confirmé. Cette exception française n'avait aucune raison économique de perdurer ;
l'échec n'est du qu'à des choix d'actionnaires. S'en trouvera t-il
d'autres pour essayer de monter des synergies entre les deux familles de presse
?
Quel sera l'impact du nouvel arrivant en province (Crédit
Mutuel) ? Par ses capacités financière, il pourrait ne pas tarder à
révolutionner l'organisation (industrielle, commerciale, voire rédactionnelle)
de ses titres. Dans un monde qui a le plus souvent évolué en vase clos, quel
pourra être l'effet d'entraînement du Crédit Mutuel sur toute la profession ?